Modèle thérapeutique "Zingari"

Les élèves que nous acceptons de prendre en charge présentent de graves problèmes relationnels et comportementaux. Ceci implique que la thérapie que nous devons développer doit être conséquente. Les élèves ont vécu avant leur entrée dans notre collège plusieurs milieux de vie dans lesquels ils n'ont pu trouver leur place. Nous ne sommes pas plus compétents que la plupart des familles et des professionnels. Il est donc inutile de reproduire ici la même chose que ces milieux de vie et que les thérapies classiques essayées avant nous. L'expérience montre que cela ne marche pas. Nous devons donc inventer autre chose. Un autre chose suffisamment innovant pour nécessiter un changement chez l'élève. Un autre chose suffisamment solide pour tenir la distance du temps (le changement doit s'inscrire dans la durée pour être crédible).

La thérapie que nous proposons ne peut pas faire dans la demi-mesure, elle est entière et ne peut rien laisser au hasard ou à l'à peu près. Tous les moments sont investis tout le temps.

Un changement de niveau 2 (selon la théorie systémique, il s’agit d’un changement du cadre de pensée). Nous avons construit notre modèle sur base de la problématique relationnelle développée par les enfants. Soit un modèle présenté sur trois points en contradiction avec les thérapies classiques :

  • De la parole à l'acte :

La parole peut guérir. La parole est présentée comme l'outil thérapeutique majeur. La parole est libératrice, elle peut être d'honneur mais aussi séductrice, manipulatrice. Nous considérons que l'acte préexiste à la parole, l’acte existe par lui-même et n’a pas besoin de parole. Le modèle Zingari privilégie l'acte à la parole. Nous lisons dans l’acte. C'est la réalité des faits qui est prise en compte. Comment je fais pour vivre mieux ? Comment je fais pour vivre avec les autres ? Comment je fais pour apprendre ?

  • De l'émotion à la loi :

Comment travailler la gestion des émotions avec une personne qui attribue la responsabilité de ses propres émotions à l’extérieur à lui et donc par définition est incapable de se les approprier et de les gérer ? En l'absence de capacité à s'émouvoir ou de s'émouvoir mal à propos, le modèle Zingari se contente de la loi comme repère. Les choses doivent être faites parce qu’inscrites dans les lois qui régissent la vie individuelle confrontée à la vie en communauté. Il ne s’agit pas de justifier un acte par rapport au respect de l’autre mais par la recherche, en finale, de son confort personnel (satisfaction de l’égocentrisme – comme le bébé au début de vie) ; le problème posé à l’autre provoquant en retour une atteinte à son propre confort. La loi n’appartient à personne et concerne tout le monde. Le soignant n’est pas la loi, il apprend l’enfant à vivre avec elle. Elle permet de trianguler la relation.

  • De la confiance à la hiérarchie :

La confiance dans la relation patient/thérapeute est considérée comme un élément essentiel du cadre thérapeutique. Tous les modèles thérapeutiques s'attachent à développer la confiance. Le modèle Zingari développe la règle que le statut hiérarchique est suffisant pour justifier la position prise dans la relation d'apprentissage et de construction. Toute relation se hiérarchise, spontanément, naturellement. La hiérarchie structure la relation et donne du cadre. Ensuite, selon son emploi et sa forme, la hiérarchie pourra produire les mêmes effets que la confiance, à savoir, la sécurité dans le temps. Notons que, comme la confiance, la hiérarchie doit se gagner chaque jour. Elle n’est jamais acquise définitivement. La position directrice du modèle Zingari induit une remise en question permanente. Réunions et supervisions sont régulières à tous les échelons de l'activité. Directivité, hiérarchie et autorité peuvent être bonnes, respectueuses et confortables selon l'intentionnalité des acteurs.